Démarche de vie

Voyage au centre de moi-même

Que de temps écoulé depuis mon dernier article de réflexion… Un article qui a suscité émotions et commentaires, souvent positifs, parfois négatifs, mais toujours constructifs.

Quand j’ai écrit cet article, je venais de prendre conscience que la vie professionnelle dans laquelle je m’apprêtais à me lancer ne me convenait pas du tout. Que les passions qui m’animaient jusqu’alors ne me faisaient plus vibrer. Et que je n’avais aucune idée de ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie, comment j’allais pouvoir être heureuse, alors que je sortais à peine des études.

J’avais conscience que j’allais devoir amorcer un travail d’introspection pour dénouer tout ça et en sortir un nouveau fil conducteur. Je savais déjà que ce travail n’allait pas être simple, ni agréable. Mais je ne savais pas qu’il allait m’entraîner aussi bas, et que j’en ressortirai autant grandie.

Je vous raconte.

Peu de temps après cette première prise de conscience, j’ai connu une période où ça n’allait pas bien. Pas bien du tout. Ce genre de « pas bien » qui te fait chercher sur internet « qu’est-ce que la dépression et comment en sortir ? ».

Plus le goût de rien, plus aucune motivation, plus aucune certitude, et une profonde lassitude, autant physique que psychologique, qui m’a fait passer des heures, des journées, voire des semaines au lit, réfugiée dans la lecture. L’impression que tout s’écroulait par la base, de flotter au milieu de ruines, triste, seule, effrayée et désemparée.

Sans comprendre ce qu’il se passait. Parce qu’il ne s’est rien passé. Aucun élément déclencheur, aucune source concrète et définissable. Juste l’impression que ça vient d’en dedans, de très profond, et que c’est là depuis très longtemps. Sauf que ça sort au grand jour maintenant, et je ne savais pas pourquoi.

Il y a bien eu un événement qui, je pense, est responsable de ce « coming-out » : une visite chez l’ostéo. Surprenant hein ? J’allais la voir parce qu’elle était mon dernier espoir pour mes migraines, qui me vrillaient la tête trop régulièrement depuis bientôt 4 ans. J’ai tout essayé : aller chez l’ophtalmo, faire des séances d’orthoptie, me faire arracher les dents de sagesse, me shooter de doliprane… rien n’y faisait, ça revenait, encore et encore, clouer ma lucidité contre les parois de mon crâne à grands coups de marteau. Alors quand je me suis dit que c’était peut-être postural, un problème de cervicales ou je ne sais quoi, eh bien je suis allée me faire tordre par une ostéo, que je ne connaissais pas.

Et voilà comment, pour la première fois de ma vie en consultation médicale, on m’a demandé comment ça allait, dans la tête, dans le cœur, et dans la vie. Une fois la surprise passée, j’ai commencé à lui parler un peu, à lui donner les grandes lignes. Difficilement, car j’ai horreur de parler de moi, de mon vrai moi. J’ai l’habitude d’écouter l’âme des gens, pas d’exposer la mienne. Elle m’écoutait, les mains savamment posées sur mon ventre. Elle écoutait les nœuds se former dans mon corps et les sanglots se retenir dans mes phrases.

A un moment, j’ai ri. Elle me demande, le plus sérieusement du monde :

 « Qu’est-ce qui vous fait rire ?

-Rien, c’est juste la première fois que je parle de tout ça à quelqu’un que je ne connais pas, et ça fait bizarre… alors je ri, nerveusement.

Elle me remet les cervicales en place, mais à la fin de la séance, elle me dit qu’elle n’a pas pu travailler sur mon corps autant qu’elle l’aurait voulu, car je suis complètement verrouillée. Elle ajoute que la source de ce verrouillage, et sûrement aussi de mes migraines, se trouve dans ma tête. Avec ce regard entendu, espérant que sa phrase allait faire écho en moi.

Ça a été presque immédiat. Comme un apnéiste resté d’interminables minutes sous l’eau, et qui, enfin, jaillit hors de l’eau en prenant une grande inspiration vitale, ma connaissance de mon mal être a jaillit du plus profond de mon inconscient. Un truc que je sais que je savais, mais dont je n’avais pas conscience. Oui, je me sens terriblement mal, dans ma tête et dans ma vie, et mes problèmes physiques viennent de là. Comment mon inconscient a-t-il pu garder ce secret pour lui tout seul autant de temps ? Mystère. Mais, étrangement, prendre conscience que j’allais mal m’a fait…. du bien.

Ça fait du bien de savoir qu’on va mal. De pouvoir mettre des mots sur un inconfort sourd qu’on sentait au fond, sans pouvoir l’identifier. Je vous invite à regarder le spectacle d’Alexandre Astier « Que ma joie demeure ».

ATTENTION SPOILER : C’est l’histoire de Johan Sebastian Bach, le compositeur allemand, qui partage avec le public son mal être profond (entre autre). A la fin, il demande à Dieu ce qui ne va pas chez lui. Et Dieu lui répond. Bach titube, sous le choc de comprendre enfin la cause de son mal être : il est triste. C’est aussi simple que ça. Et pourtant, même s’il en souffrait, il n’en n’avait pas conscience.

Enfin bref, savoir qu’on va mal, c’est bien, mais ça n’arrange pas les choses : on va toujours mal. Sauf que maintenant on le sait, et on peut se mettre à chercher pourquoi. C’est donc ce que j’ai fait. J’ai commencé par d’abord me regarder le dedans de la tête. J‘ai fouillé dans les cartons de souvenirs, j’ai ré-ouverts de vieux dossiers émotionnels… et rien, désespérément rien, qui soit assez notable pour expliquer mon état.

Peut-être alors que j’avais mal compris le mode d’emploi de la vie, ce qui expliquerait que mon meuble soit maintenant tout bringuebalant et plein de tensions ? Alors j’ai lu des livres sur le bonheur, sur nos façons d’aborder la vie, sur les pièges inconscients qui nous retenaient dans le malheur… des livres passionnants, qui m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses… mais qui n’expliquaient toujours pas mon état.

Alors c’est peut-être mon propre mode d’emploi que je n’avais jamais lu ? Tu sais ce fascicule énorme fourni lors de la livraison, que personne ne prend le temps de lire tellement il est complexe et chiant ? Et qu’on se dit « bah, on verra bien à l’usage, on va apprendre au fur et à mesure comment ça fonctionne ! »…

Vu que, comme tout le monde, j’avais perdu ce mode d’emploi, je me suis dit que j’allais le reconstituer moi-même : me voilà donc partie dans les livres de psychologie. Et lecture après lecture, la lumière s’est enfin faite. Livres après livres, je me suis pris des claques de prises de conscience. J’ai compris avec beaucoup d’émotions comment je fonctionnais. Ne pas se comprendre, c’est ne pas savoir s’écouter. Et ne pas savoir s’écouter, c’est se diriger petit à petit, de façon insidieuse, vers un gros mal être. Certain réussissent à planquer ce mal être tout au fond et à ne jamais le laisser ressortir, d’autre, comme moi, le voient un jour ressortir, déborder de partout. On ne se ment pas indéfiniment…

Je ne m’étendrais pas sur les découvertes que j’ai faites pendant ce voyage au centre de moi-même, tout simplement parce que c’est quelque chose de profondément personnel. Et puis ce chemin est tellement individuel qu’il n’est en aucun cas reproductible à l’identique, même si l’envie vous en prenait (Je vous partage quand même les livres que j’ai lu ICI). Tout ce que je peux vous dire, c’est que progressivement, j’ai commencé à sortir la tête de l’eau. J’ai retrouvé un peu de cette envie d’aller de l’avant que je pensais avoir perdu.

Mais si se comprendre constitue LE premier pas essentiel vers le retour au bien-être, il ne constitue pas encore totalement la solution au problème. Encore faut-il appliquer ces nouvelles connaissances (vous savez, la fameuse phrase qui dit que si on fait toujours la même chose, on obtiendra toujours les même résultats ?). Ainsi, grâce à ces lectures, j’ai pu redéfinir grosso modo une nouvelle direction pour ma vie. Prendre la décision de tester de nouvelles choses.

Je sais qu’il me reste encore du chemin à parcourir pour être pleinement sereine et heureuse. Je suis encore sujette à une grande anxiété chronique, qui m’accompagne au quotidien. Même si je sais de mieux en mieux gérer ma façon d’être au monde, il me reste encore des éléments à recueillir pour comprendre la source de cette anxiété et m’en débarrasser. Un gros travail a été fait ces derniers mois, et je trouve fabuleux de savoir qu’il n’est pas terminé.

Alors, fin du suspense… Quelles sont les nouvelles orientations que je vais suivre ? Pour le moment, je sens qu’il faut que je me reconnecte à ma partie créative que j’ai complètement abandonnée depuis le lycée. Et qui pourtant constituait une des parties les plus prédominantes chez moi… Parfois, on se perd en chemin ! Au moment de l’orientation post-bac, des raisons X et Y m’ont amenée à choisir une autre voie d’études que celle-là. Je suis devenue ingénieure en développement territorial. Je ne regrette aucunement ces années, que certains peuvent considérer comme « perdues », puisque c’est grâce à elles que je suis devenue ce que je suis aujourd’hui. Ces 5 années post-bac m’ont permis de mûrir un peu plus, et d’aborder aujourd’hui de façon plus sereine cette idée de « reconversion ».

Je vais donc me (re)lancer dans le dessin, que je vais tenter de mélanger avec le développement personnel. A voir si ce projet est le bon, ou s’il me mène vers un autre qui me corresponde encore plus. Je vous dit, il faut tester pour savoir ! Dans tout les cas, je garde cette envie de pouvoir voyager autant que possible. A voir comment je réussirais à combiner les deux..

Mais pour le moment, je vais d’abord aller savourer ce nouveau départ personnel les pieds dans la neige et le nez au vent, au Canada. Ces 2 mois canadiens représentent pour moi la plus belle transition possible entre deux vies…

3 réflexions au sujet de “Voyage au centre de moi-même”

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