Voyages

Mushing au Canada

Quand je raconte mon voyage au Canada, il y a une question qui revient invariablement : comment diable en vient-on à aller passer deux mois au Canada pour travailler dans une entreprise touristique de traîneau à chiens ???

En fait c’est assez simple. Mon père, mon oncle et mon parrain partent depuis une quarantaine d’années dans les régions polaires. En kayak, à pied, en vélo, en chiens de traîneau, en char à voile, à cheval… Bref, les aventures polaires font partie de mon histoire depuis ma naissance.

Alors, quand je me suis retrouvée à la fin de mon service civique, sans idée d’avenir professionnel, et qu’un ami qui revenait de son tour du monde m’a raconté son expérience d’un mois comme musher au Canada, je lui ai immédiatement demandé : « c’est où qu’on signe !? »

Pour moi l’idée d’aller faire du traîneau à chien au Canada n’avait rien de « hors du commun ». Vous imaginez bien, j’avais entendu ces histoires et vu ces images je ne sais combien de fois depuis que je suis petite. J’en avais même déjà fait. Mais c’était pour moi une occasion en or de partir changer d’air et de me forcer à débrancher mon cerveau plein de questions entêtantes concernant mon avenir.

Cette expérience représentait aussi un challenge. Moi qui me considérait comme quelqu’un de pas bien capable de faire un travail en extérieur, au contact d’une clientèle anglophone, c’était l’occasion de me prouver que je pouvais aussi utiliser mes petits bras de mouche pour travailler, et que mon anglais n’était pas si naze que ça.

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Le premier jour avec les chiens, j’ai cru que j’avais bien trop présumé de mes forces. A la fin d’une journées passée à amener ces boules d’énergie foudroyante dans la remorque, conduire une voiture 1000 fois plus grosse que ce que je me pensais capable de conduire (+ une remorque !!! ), à préparer le matériel, atteler les chiens, désatteler les chiens, ranger le matériel, ramener les chiens dans leur chenil, aller chercher les gros blocs de viande, préparer leur nourriture les bras dans la viande sanguinolente, et tout ça dans la neige… J’ai cru que ma dernière heure avait sonnée. Je me suis traînée avec un résidu de forces jusqu’à la maison voisine, où je logeais, et j’ai passée une sale nuit, les poumons en feu, les bras tout raidis par l’effort… je me demandais comment j’allais bien pouvoir tenir 2 mois physiquement.

Finalement, je ne sais pas par quel miracle, mais mon corps n’a souffert que cette première journée. Je me suis surprise à encaisser sans problème le travail physique en extérieur. Comme quoi, on se connait assez mal au final !

Par contre, j’ai mis deux bonnes semaines avant d’être opérationnelle dans mon travail. Deux semaines, c’est ce qu’il m’a fallu pour apprendre le noms des chiens et leur place dans le camion et au chenil (pas simple de différencier un husky un peu clair et un husky pas trop foncé !!!), me souvenir des modalités d’installation du matériel pour les balades avec les touristes, être plus sure de moi vis à vis des chiens et de la conduite de grosses voitures et de motoneige… en bref, devenir autonome.

Ces deux semaines n’ont pas été très simple à gérer pour moi, parce que je déteste sentir que je ne suis pas autonome, de devoir demander une validation pour chaque geste que je fais. Heureusement que je travaillais avec un chef-collègue adorable et patient, avec qui je suis vite devenue amie. Cette ambiance dans le travail, sans hiérarchie et avec complicité, a été une expérience fabuleuse. Une expérience qui m’a permis de comprendre que non, je n’étais pas réfractaire au travail en général, mais que j’avais « simplement » besoin de conditions de travail très favorables dans laquelle je me sentais respectée et considérée à part entière.

Moi qui pensais être incapable de travailler à cause d’un rejet du concept de « travail », j’ai découvert être finalement une sacré bosseuse quand les conditions étaient favorables. Des conditions qui me semblent certes très difficiles à trouver, mais des conditions qui existent quand même.

Alors voila, au bout de deux-trois semaines, une routine s’est installée. J’ai passé de chouettes moments avec les chiens dans des paysages magnifiques, j’ai progressivement décomplexé de mon anglais, j’ai appris à connaître la famille incroyable avec laquelle je travaillais, et j’ai savouré le fait de ne plus penser. Une sensation que je crois, je n’avais jamais connu. Toute mon énergie était concentrée sur les efforts physiques et sur le bon déroulement des balades avec les clients. Il n’y avait plus de place pour des pensées parasites. Et je vous promet, ça fait un bien fou !!!

Je me suis progressivement habituée au froid. Au bout de quelques temps, et après avoir connu les -32 degrés, quel plaisir sournois de crâner en petit pull devant les touristes quand il fait « seulement » -12 degrés ! Par contre, je crois qu’on ne s’habitue jamais vraiment à la douleur indescriptible ressentie quand les mains gèlent. Et pour le coup, impossible de porter de gros gants quand il s’agit de préparer le traîneau et les chiens, avec tout ces petits trucs en métal glacés à manipuler… Mais au final, ça fait partie des souvenirs marrants qu’on emporte avec soi au retour !

Ces deux mois sont finalement passés à une vitesse folle. Quand je suis revenue chez moi, j’avais l’impression d’être partie hier. Et pourtant, je sens bien que j’ai gagné une bonne dose de confiance en moi grâce à cette expérience. Y’a pas a dire, je ne m’épanouie jamais autant qu’en sortant de ma zone de confort et en expérimentant de nouvelles choses…

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