Démarche de vie

Ma vie sans voiture

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un de mes choix de vie : vivre sans posséder de voiture.

Ah, ça, c’est bien un sujet qui dérange !
Pour vous dire, ça dérange même plus que mon envie de ne pas avoir d’enfant, qui pourtant est déjà fortement sujet à débat et commentaires.
C’est drôle de sentir à quel point ce choix de vie sans voiture peut mettre la grande majorité de mes interlocuteurs dans un état de malaise, les poussant souvent à argumenter leur point de vue avec véhémence.
Et pourtant, je ne cherche jamais à convaincre du bien fondé de ma vie sans voiture, ni à provoquer un quelconque débat. Mais à tous les coups, annoncer que ma vie sans voiture est un choix, et voilà l’ambiance qui se crispe d’un coup !

Alors déjà, pourquoi ce choix?
J’ai passé mon permis en 2016, parce qu’ « il faut passer son permis, surtout si on veut trouver du travail ».
Je ne me suis pas plus posée de questions que ça, je l’ai fait pour les mêmes raisons que lorsqu’on fait des études, qu’on achète une maison à crédit, qu’on se marie, qu’on a des enfants et un chien. Je l’ai fait parce que « c’est dans l’ordre des choses ».
Et pourtant, j’ai horreur de conduire. Je ne suis pas faite pour ça. Donc pour moi, le processus de « l’ordre des choses » s’est arrêté avant l’achat de la voiture.

D’autre part, à mes yeux, la voiture est complètement contre-nature. C’est quelque chose que je trouve aliénant, et complètement dépassé dans ce contexte de crise écologique. Risquer de nombreuses vies tout au long de son déplacement, rejeter des gaz à effet de serre directement en me déplaçant, acheter de l’essence, dépenser mon argent pour l’entretien… tout ça sont des gestes aberrants que je ne conçoit pas de faire dans ma vie. La voiture électrique n’est pas non plus une solution, de par son bilan écologique tout aussi mauvais.

Bref, je ne détaillerai pas plus le pourquoi de ce choix, parce que je ne suis pas là pour vous convaincre. Je ne suis pas là non plus pour dire que ce geste est THE geste pour sauver toute la planète d’un coup, et que de toute façon toute ma vie parfaite de hippie est organisée pour ne jamais ô grand jamais polluer de quelque façon que ce soit. SPOIL ALERT : c’est faux. Evidemment que j’ai ma part de pollution à mon actif, malgré mes efforts. Là n’est pas le propos de mon post.

Ce que je peux vous dire, c’est que ce choix n’en est même pas vraiment un. C’est plutôt une évidence sur laquelle je ne vois pas pourquoi revenir.

J’ai toujours bien fonctionné sans voiture. Et depuis que je sais que je veux vivre dans un endroit proche de la nature, on ne cesse de me dire que c’est impossible sans voiture. Vraiment ? Pas si sûre…

Alors, c’est comment la vie sans voiture ?

1) On se déplace moins

Moins vite, moins souvent, moins loin, moins inutilement…
Eh oui, sans voiture, les déplacements prennent une tout autre dimension !
Perso je ne suis pas adepte du vélo pour me déplacer au quotidien. Je suis plutôt une marcheuse 🙂
Donc forcément, lorsqu’on va d’un point A a un point B, c’est plus lent. Un trajet de 10 minutes en voiture peut facilement prendre 30 minutes à pieds, un peu plus si vous êtes en montagne et que vous avez des poumons en carton.
Par conséquent, on se déplace moins souvent, et on réfléchi un peu plus au pourquoi du comment de notre déplacement.
On revoit aussi sa notion « d’autonomie » :
Sans voiture et pour de longues distances, on est dépendant des horaires et lieux de passage des transports en commun. S’il n’y a que 2 bus par jours, on doit organiser sa journée en fonction.
Si l’on est à pied, on ne peut pas non plus raisonnablement partir à n’importe quelle heure par n’importe quel temps avec n’importe quelle charge de bagage…

Mais au final, se déplacer moins, c’est se réapproprier son environnement proche et son habitat. On cherche à se sentir bien chez soi, parce qu’on veut avoir envie d’y rester avec plaisir. Si personne n’avait de voiture, est ce qu’autant de gens feraient des choix aussi désastreux concernant la qualité de leur habitat ? Des emplacements mal choisis, des maisons construites avec des mauvais matériaux… Je vous invite à vous renseigner sur le « Syndrome de l’Habitat Malsain »…

2) On a un autre rapport au temps 

Vivre sans voiture, cela implique obligatoirement de ne pas être proche de son efficience temps/distance. Ça implique un autre rapport à l’attente et aux trajets passifs.
Un jour, j’ai fait le trajet Gap-Tarbes. Ou encore une autre fois, Paris-Beaune-Valence-Montpellier, pour aller voir différents amis un peu partout. Sans voiture, sur des distances aussi grandes et des itinéraires complexes, j’ai dû jongler avec pas mal de transports en commun :
– Ça m’a pris un peu de temps d’organisation pour comparer les horaires et prix des trains/ covoiturages/ différentes compagnies de bus, pour organiser les correspondances entre les villes etc…
– Les trajets sont parfois (mais pas toujours !) plus longs en transports en commun qu’en voiture
– Il y a souvent des attentes. Il n’est pas rare que j’attende 2h ma correspondance en bus. J’ai même attendu un jour 7h sur une aire d’autoroute (sous la pluie !) parce que mon ami m’y avait déposé avant d’aller au boulot à 8h et que mon bus était à 15h.

Mais vous savez quoi ?
Je n’ai jamais souffert de ces attentes.
Je n’ai jamais considéré ce temps comme « perdu ».
Je n’ai jamais trouvé le temps long devant ma fenêtre de train.
Tout simplement parce que je ne sais pas ce que le mot « ennui » veut dire.
J’ai toujours un livre à lire, des pensées à faire tourner, des paysages à admirer… Dans un monde où chaque seconde doit être rentabilisée et où l’Homme ne sait plus être inactif, vivre sans voiture est une ode à la rêverie, aux activités simples et tranquilles, à la saveur du temps qui passe. Et pour les plus actifs d’entre vous, je suis sûre que vous avez des projets qui peuvent être menés durant ces phases d’attentes. Je parlais de livre à lire, mais ça peut aussi être un talent de dessinateur à développer, une idée de roman à écrire qui vous trotte dans la tête depuis quelque temps, des pulls à tricoter… ou que sais-je !

On change son rapport au temps. Aujourd’hui, je ne vois plus passer 2-3h d’attente. Elles sont peut être pour moi l’équivalent de 30 minutes pour des gens pressés. Au delà de 4h, je commence à avoir envie de faire quelque chose, je sors donc un livre ou mon ordinateur. Au delà de 5-6h, je commence à avoir envie de me dégourdir les jambes, mais à aucun moment je ne trouve le temps « long ».

3) On appréhende le territoire différemment

Lorsqu’on commence à se déplacer à pied, et qu’on s’habitue à un nouveau rapport temps/distance, on change vite notre regard sur nos trajets. Si autrefois 30 minutes à pieds me paraissaient « trop relouuuuuuuu », maintenant il faut que ça dépasse les 2h pour que je commence à me demander si mon trajet en vaut la peine. 1h30 de marche pour rejoindre un point B ? Easy, je ne me pose même pas la question et j’y vais !

D’autre part, me déplacer à pied me fait voir le réseau de routes très différemment. Lorsque je regarde une carte, je cherche à éviter ces gros traits qui représentent les routes, et je construit mon itinéraires avec les petits chemins ruraux et les sentiers de randonnées. On se reconnecte à la notion de dénivelée, on réapprend à se repérer grâce à notre environnement naturel et on se réapproprie notre histoire humaine en repensant aux générations qui ont parcouru ces mêmes chemins, des siècles avant nous.

Mon territoire n’a jamais eu autant de caractère que depuis que je le parcours à pied !

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Mon exploration de la Balagne continue ! Je suis partie arpenter les sentiers entre Sant Antonino, Pigna et Corbara, tout en prenant bien soin de faire le lien avec la carte IGN, pour appréhender au mieux le territoire dans lequel j'évolue. Je suis particulièrement reconnaissante à ceux qui ont fait et font encore exister tout ces sentiers super bien balisés et entretenus, car ils permettent de parcourir la Balagne sans voiture. Juste pour ça, MERCI ! Merci pour les touristes, mais aussi merci pour ceux qui, comme moi, veulent vivre sans posséder de voiture, et qui peuvent retrouver avec plaisir les itinéraires intervillages utilisés par nos aïeux. Et donc merci pour la planète 😉 @calvibalagnetourisme @ileroussebalagnetourisme @rando_balagne #balagne #corse #corsica #lacorseautrement #randonnée #sansvoiture #tourismecorse #écologie

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4) On se sensibilise à la météo et aux cycles naturels

Un truc que j’ai remarqué, c’est que depuis que je suis à pied, je fais beaucoup plus attention à la météo et à l’heure. Parce que marcher sous le mauvais temps ou de nuit peut être désagréable voire dangereux, je regarde plus souvent le ciel pour sentir l’évolution des nuages et de la course du soleil, afin d’être rentrée à temps ou de repousser mon déplacement à plus tard. Une capacité de lecture des cycles naturels (de la journée, des saisons etc…) qui s’est un peu perdue de nos jours, mais qu’on réapprend instinctivement quand notre sécurité est en jeu !

5) On entretien sa santé

Eh oui, parce que marcher est bon pour la santé ! Une alimentation saine et de bonnes marches à pied, notre corps n’a pas besoin de plus pour être fit 😉

6) On comprend et revalorise le caractère « local » des choses et des gens

Quand on commence à parcourir le monde à pied, on apprend vite ce qui est faisable ou non en un temps donné. Forcément, on se rend compte que les distances « parcourables » en une journée sont bien plus réduites. Notre territoire de vie diminue par conséquent.
Le sens du mot « local » prend alors tout son sens. On ne va plus chercher nos produits de consommation à perpet, parce que perpet, c’est trop loin. On apprend à faire autrement. Nos activités de loisir aussi se font plus locales : on a envie de développer la vie de son village, de son quartier, pour ne plus avoir à aller se distraire à petaoushnock.

Et enfin, d’un coup, on comprend mieux pourquoi les gens « du cru » disent que le mec du village d’à coté n’est « pas d’ici ». Quand on doit marcher entre le village A et le village B, eh bah non, « là-bas » ce n’est définitivement pas « ici » ! 🙂

7) On adapte sa vie en fonction

Eh oui, sans voiture, il faut faire quelques ajustements, voire des choix certains. Sans voiture, je ne pourrai pas avoir un travail auquel je ne puisse me rendre à pieds ou sans prendre de transports en commun. Ni un travail qui me demande d’effectuer des déplacements véhiculés. Ce qui limite drastiquement le choix d’emplois, à partir du moment où l’on n’habite pas dans une grande ville.
Et cela implique aussi de devoir choisir son lieu de vie pour être proche d’un transport en commun (une gare, un arrêt de bus…).
Le lieu de vie idéal est celui qui se trouve au sein d’un bon réseau de chemins ruraux et de randonnée, accessible par au moins un transport en commun pour relier une ville, et qui permet de se rendre facilement à son travail.
L’accès aux services (de santé notamment… avec internet, beaucoup d’autres services sont accessibles depuis chez soi maintenant) est aussi un critère à prendre en compte. Il y a forcement un juste milieu à trouver entre son envie d’être isolé en pleine nature et la sécurité de l’accès aux médecins et hôpitaux….
Finis aussi les gros pleins de courses. Les achats se ramèneront dans un sac à dos, sur une distance plus ou moins longue. On commence alors à réfléchir à produire certains de ses produits de consommation chez soi (coucou le potager 😉 ), à aller en acheter chez les voisins… et à réduire à l’essentiel son comportement d’achat !

Alors voilà, la vie sans voiture, c’est comme ça.
– Plus d’organisation, plus d’attentes, moins d’autonomie, un territoire de vie plus restreint, un panel d’emplois possibles plus limité…
– Mais c’est aussi une reconnexion à la nature et à son territoire, des choix mieux faits vis à vis de son habitat, une cohérence avec ses valeurs écologiques, une revitalisation de ses liens sociaux de proximité, une meilleure implication dans la vie de sa communauté…

La vie sans voiture n’est pas impossible, même dans les territoires dits « impossibles sans voiture ». C’est juste une vie qui se veut adaptée, un peu différente. Sinon, comment auraient faits nos aïeux ? 🙂

Tout cela étant dit, je vais être honnête avec vous : je ne crache pas dans la soupe quand on me propose d’aller en voiture à perpet pour voir un truc joli, ou bien quand on me propose de me déposer au magasin pour m’évier de marcher… Evidemment que la voiture représente un confort et une ouverture sur le monde. Je sais aussi qu’elle représente l’autonomie des gens habitant dans des endroits non desservis par des transports en commun, qu’elle permet à des gens d’aller travailler etc…

Ce post n’est clairement pas un post anti-voiture. Ni pro-voiture, évidemment. La société actuelle est faite pour qu’on ait besoin de voitures. Le monde s’est construit autour des routes, et l’homme a trop pris goût à sa liberté dans un monde toujours plus vaste pour qu’on puisse prôner naïvement un retour en arrière.
Ce post est simplement une fenêtre ouverte sur une autre façon de fonctionner, une piste de réflexion possible pour « autre chose ».

Et un petit coucou aux collectivités, associations et entreprises qui gèrent les chemins ruraux, les sentiers de randonnée et les transports en commun. Pour les remercier du travail déjà fait, et leur dire qu’on espère que ces réseaux continuent de se développer, d’être entretenus, rendus accessibles et portés à connaissance du grand public…

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